« en ma qualité de militant des droits humains et membre de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, je suis par principe hostile à tout mandat d’arrêt international »
Breika Ould Mbareck est officier retraité de l’armée nationale de Mauritanie. Comptant parmi les militaires qui se sont illustrés dans la guerre du Sahara entre 1975 et 1978, il obtient deux médailles. Commandant de la 6e région militaire de Nouakchott et Président de la Commission régionale des Structures d’Education des Masses en 1982, il a travaillé notamment dans le cadre de l’encadrement des enfants, la préparation des populations à la démocratie, la lutte contre la désertification, l’organisation des populations en vue de les faire participer à la gestion des affaires de la cité, notamment hygiène, santé et alphabétisation. A la veille du coup d’Etat du 12/121984, il était suspendu de ses fonctions. Aujourd’hui, Breika Ould Mbareck est président du Réseau Africain pour le Développement Humain Durable (READHD) et membre de la Commission Nationale de Droits de l’Homme (CNDH). Il n’en demeure pas moins un observateur de la scène politique nationale. Entretien :
La Tribune : La Mauritanie vit un tournant politique marqué par une situation d’insécurité et une agitation politique se traduisant d’une part par un bras de fer des autorités avec des mouvements terroristes et d’autre part par des réactions d’une opposition ne voulant rater aucune occasion de montrer les faiblesses du pouvoir en place. Comment analysez-vous cette situation ?
Breika Oud Mbareck : Je crois qu’il y a une guerre imposée à la Mauritanie par l’AQMI. La zone de prédilection de ce mouvement fait qu’il menace l’ensemble des pays du Sahel. La Mauritanie se trouve sur un axe qui l’oblige à réagir pour assurer la sécurité de ses citoyens et de tous ceux qui se trouvent sur son territoire. Cette réaction audacieuse est déterminée de la part du gouvernement de Mohamed Ould Abdel Aziz a pris de court les responsables de cette organisation qui ont décidé de tout mettre en œuvre pour déstabiliser la Mauritanie. Il faut saluer ici les efforts entrepris pour moderniser nos forces armées et renforcer la capacité de nos services de renseignement pour renforcer leurs capacités « d’acquisition des objectifs ». C’est là que je pense que tous les acteurs politiques et même la société civile doivent apporter leur soutien à l’armée dans cette mission de défense de l’intégrité territoriale. Il faut cependant accroître les efforts pour augmenter la puissance de feu de nos troupes et leur aéromobilité…
La Tribune : Vous dites qu’il faut saluer ici les efforts entrepris pour moderniser nos forces armées et renforcer la capacité de nos services de renseignement pour renforcer leurs capacités « d’acquisition des objectifs ». Pourtant ces efforts n’ont pas empêché l’enlèvement d’un gendarme dans des conditions assez bizarres… il y a eu également un cafouillage dans un poste de gendarmerie en Assaba où des gendarmes ont tué le chauffeur d’une ONG (voir article, ndlr.) Comment se portent les troupes au plan psychologique ?
Breika Oud Mbareck : Je voudrais attirer votre attention sur le fait qu’en matière militaire il n’y a pas de dispositif infaillible. Par exemple la force internationale se trouvant en Afghanistan avec toute son armada sophistiquée n’empêche pas qu’il y ait eu souvent de bévues, des accidents, des morts et des blessés et même des prise d’otages de journalistes…Les Forces armées et de Sécurité Mauritaniennes peuvent parfois subir des pertes. Cela n’a aucune influence à mon avis sur la psychologie des troupes. Au contraire, il suffit de regarder les hommes sur le terrain, ils sont galvanisés. Un adversaire, quelle que soit sa pointure, peut toujours infliger des pertes à son ennemi.
La Tribune : Les autorités ont lancé un mandat d’arrêt international contre Moustapha Ould Limam Chafi’i. Ce qui a suscité une vague de solidarité de la classe politique opposante et d’une partie de la société civile à l’égard de cet opposant mauritanien établi à l’étranger. Pensez-vous que pareille réaction de l’opposition soit légitime ?
Breika Oud Mbareck : Avant de répondre à cette question, permettez-moi de présenter mes sincères condoléances à la famille de Limam Cahifi dont je viens d’apprendre le décès. Cela dit, en ma qualité de militant des droits de l’homme et membre de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, je suis par principe hostile à tout mandat d’arrêt international. Parce que la logique des gouvernements, africains et arabes en particulier, est différente de celle des militants des droits de l’homme qui sont toujours méfiants par rapport aux raisons et motivations de l’émission d’un mandat d’arrêt international.
La Tribune : Et par rapport à la réaction de l’opposition ?
Breika Oud Mbareck : Partant du fait que le Président de la République a acquis une très grande expérience dans la gestion des affaires de l’Etat, je crois que ce mandat d’arrêt n’a pas été émis de manière fortuite, sans être basé sur des éléments palpables. Pour ce qui est de l’opposition, elle est dans son rôle. Très certainement, elle veut profiter de l’effervescence qui règne dans la région et porter le maximum de coups au pouvoir ; surtout que la majorité soutenant le pouvoir semble briller par son absence et son inefficacité à occuper l’espace politique.
La Tribune : Parlons à présent de Biram Ould Dah Ould Abeid. Il semblerait que l’homme soit menacé de mort. Un policier en civile a été violemment pris à partie par ses gardes du corps dans un meeting jeudi passé. Ce policier aurait été pris en possession d’une arme qu’il cachait sous son boubou. Quelle appréciation faites-vous du style l’IRA dans la lutte pour les droits humains en général et de la manière avec laquelle les autorités réagissent souvent face à ce mouvement, sachant qu’il y a eu des précédents en termes d’affrontements entre militants de l’IRA et forces de l’Ordre?
Breika Oud Mbareck : Je me félicite qu’un homme, de surcroit issu de la communauté des anciens esclaves, prenne le flambeau pour que notre pays mette fin de façon définitive au problème de l’esclavage. Le style de l’IRA n’est pas le mien parce que moi je pense que les anciens esclaves en milieu maure font partie de cette communauté et que le combat doit se faire sur ce terrain-là. En plus, il n’y a pas de problème de liberté mais un problème d’égalité. Je pense donc, que le gouvernement doit accorder un récépissé conformément à la loi en vigueur. Cela permettra à cette organisation de mener son combat. Cependant cette organisation doit bannir la violence et faire preuve de beaucoup de tolérance. Quant à la menace de mort, cela ne fait pas partie des habitudes de notre pays. Cependant rien n’empêche que l’IRA porte plainte pour que la lumière soit faite sur cette question. Les services de sécurités du pays doivent désigner une commission d’enquête pour tirer au clair ces accusations.
Propos recueillis par Kissima

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